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1914-2014. Bourbach-le-Bas et la Première guerre mondiale : il y a 100 ans !

Il faut rappeler que, suite à la défaite de 1871, le traité de Francfort signé le 10 mai 1871, avait permit à l’Allemagne d’annexer l’Alsace et une partie de la Lorraine. En 1914 ces territoires faisaient donc partie intégrante de l’Allemagne et les habitants étaient juridiquement des ressortissants allemands.

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L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 Août 1914. Mais dès le 1er Août la mobilisation générale avait été décrétée. Le jour suivant, les rappelés quittent le village et se rendent à Cernay pour prendre le train de Mulhouse où ils seront incorporés dans l’armée allemande.

La reconquête des provinces perdues a été une obsession de la France. Dans cette optique, dès le 4 Août le Général BONNEAU lance 40 000 hommes, avance jusqu’à Mulhouse et fait afficher aussitôt une proclamation du Général JOFFRE : » Enfants d’Alsace, après quarante quatre années d’une douloureuse attente attente, des soldats français foulent à nouveau le sol de votre noble pays…etc. »

Observatoire du rocher du poilu

Observatoire du rocher du poilu

La contre-attaque du Général VON HEERING ne se fait pas attendre mais il ne parvient pas à déloger complètement les Français. A la suite d’importants revers sur les fronts du Nord, ceux-ci abandonnent leur stratégie offensive et le front se stabilise. Les vallées de la Doller et de la Thur resteront aux mains de la France.

La guerre à Bourbach-le-Bas

Dès le 7 Août 1914, le village est en zone française. Le front s’étant stabilisé en janvier 1915 entre Guewenheim et Burnhaupt, il n’a pas souffert des combats et il devient un lieu de cantonnement et de repos pour les unités françaises qui occupent les tranchées et qui sont relevées tous les 10 à 15 jours.
Cette situation perdurera pendant toute la durée de la guerre

Aspect économique et social

Les entreprises du village, tissage, filature, fabrique d’accessoires de tissage, scierie font vivre la plus grande partie de la population.

Ces activités sont brutalement interrompues par la mobilisation générale décrétée par les Allemands. D’autre part, en raison de la proximité du front, l’autorité militaire française va, à son tour, évacuer en France 78 hommes de 17 à 45 ans non encore mobilisés afin de les soustraire à un éventuel retour des Allemands. Cette évacuation a été nommée « d’r Landsturm ».

Bunker de la Knaphutte

Bunker de la Knaphutte

Ces hommes évacués dans le midi et surtout en Ardèche ont découvert un mode de vie très différent de celui qu’ils avaient connu. L’accueil qu’ils ont reçu n’a pas été toujours très chaleureux non plus.

A Bourbach-le-Bas, il ne reste plus pour effectuer les travaux d’usine et des champs, que des femmes, les adolescents, les vieillards encore valides. Les fabricants ont besoin de la libre jouissance de leurs locaux réquisitionnés pour le cantonnement des troupes, d’une main d’oeuvre pour le moment absente, d’énergie, de charbon, d’électricité, de matières premières alors que les sources traditionnelles sont coupées, de facilités administratives et bancaires pour financer et vendre la production.

Les industriels vont utiliser les femmes, les jeunes, les réfugiés des zones bombardées. Le Maire Charles BURCKLE intervient auprès de l’administration militaire pour obtenir le retour de 47 évacués (landsturmer).

Vue de l'intérieur du bunker

Vue de l’intérieur du bunker

L’énergie, la force hydraulique fournie par le Bourbach est intacte mais insuffisante. L’électricité qui dépendait de Mulhouse n’arrive plus et sera assurée par les Houillères de Ronchamps mais elle ne concerne que l’éclairage des ateliers de fabrication. Les particuliers ne l’utilisent pas et le moteur électrique n’est pas encore très répandu. Ce sont des machines à vapeur utilisant du charbon ou à défaut du bois que fournira souvent la commune, qui actionnent les machines.

La vente des produits manufacturés: l’autorité militaire aide les fabricants à traiter leurs affaires commerciales par de nombreuses dispositions en se portant acquéreur d’un certain nombre de produits (draps, tissus, bois de sciage.) et veille à ce que les fabrications locales circulent librement en France où il faut rechercher une nouvelle clientèle.

Grâce à tout ce travail de réorganisation, l’activité économique reprends progressivement son cours.

L’action municipale

Le 4 Août 1914, le Conseil vote un crédit de 3 200 Mark pour l’achat de farine, sel, riz, pois, haricots et viande dont la distribution sera assurée par une commission chargée de vérifier que les aliments soient bien remis à des nécessiteux.

Pour la sécurité des champs et du village, la surveillance indispensable sera effectuée.

Les rapports du conseil municipal seront soumis à l’approbation du Capitaine administrateur BACQUART siégeant à Masevaux qui n’est pas toujours d’accord avec les décisions prises.

Les faits de guerre

Situé à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau du front, bien protégé à l’Est par les collines du vignobles, le village est à l’abri de l’artillerie allemande. Seuls les obus de mortier peuvent l’atteindre. Lorsque les tirs commencent, les habitants courent se réfugier sur les hauteurs environnantes. Les archives militaires font mention d’une vache et de trois chevaux victimes de ces projectiles. Les pertes civiles et militaires ne sont pas indiquées. Elles seraient cependant de trois victimes villageoises.

Vue de Bourbach-le-Bas depuis le rocher du poilu

Vue de Bourbach-le-Bas depuis le rocher du poilu

Les relations avec les militaires français

Les contrôles sont très stricts. La crainte de l’espion est omni présente. Pour tout déplacement en dehors de la localité, il faut un sauf-conduit délivré par le Major du cantonnement et contresigné par le Maire.

Les difficultés des rapports linguistiques sont très importantes. Près d’un demi-siècle de germanisation programmée et très active a fait son oeuvre : les habitants à quelques rares exceptions ne peuvent pas communiquer.

L’instruction de la langue française est immédiatement mise en place à l’aide d’enseignants militaires. La rapidité de l’assimilation que possèdent les enfants leur permettra bientôt de servir d’interprète et de favoriser les échanges.

En conclusion

A l’occasion du centenaire du début de la 1ère guerre mondiale, il convenait de rappeler aux habitants d’aujourd’hui les problèmes des anciens qui ont vécu ces temps difficiles dont il n’existe plus que des documents éparts. Les mobilisés dans l’armée allemande n’ont eut, pendant les quatre années de guerre, aucun moyen de correspondre avec les leurs, ni de venir en permission. Les familles ont été déchirées par l’évacuation des assujettis du « Landsturm » et par l’impossibilité de communiquer avec des parents, habitants dans les territoires restés sous administration allemande.

La guerre se termine le 11 novembre 1918. Une grande volée de cloches en informe le village. Pas de festivités. Les militaires partiront, les mobilisés, les réfugiés, le reste des « Landsturmer » vont rentrer au pays. Huit soldats tombés au feu ne reviendront plus jamais, laissant des veuves et des orphelins !

La vie va reprendre progressivement, les souffrances s’estompent et les dures années s’oublient au fil du temps qui passe.